Cinq « expérimentations » tactiques à tester pour Stéphane Moulin

crédit photo : Christophe Saidi - Icon Sport
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Maintien en poche, Stéphane Moulin va pouvoir commencer à préparer le prochain exercice : « Je dois effacer tous les doutes que je pourrais avoir sur les joueurs qui vont composer l’effectif la saison prochaine. Il y aura peut-être des matches où il y aura des expérimentations. Elles seront plus simples à faire dans ce contexte » confie l’entraîneur caennais. Voici quelques idées, plus ou moins farfelues, à tenter d’ici la fin de saison. 

Donner du temps de jeu aux plus jeunes

Si Johann Lepenant et dans une moindre mesure Brahim Traoré se sont imposés d’eux-mêmes à Stéphane Moulin, la tendance de l’ancien coach du SCO à privilégier certains profils expérimentés plutôt que d’offrir du temps de jeu aux plus jeunes a pu cristalliser les critiques lors des mauvaises passes du SMC. Maintenant que la sérénité est retrouvée au sein du club et que la menace de relégation sportive semble s’éloigner définitivement, la mesure la plus évidente pour le Stade Malherbe est de préparer ses joueurs en post-formation à assumer de nouvelles responsabilités dès la saison prochaine. Transition essentielle pour les finances du club et sa pérennisation au niveau professionnel, mais aussi pour l’avenir sportif à moyen terme, puisque pour le moment Riou, Rivierez, Court, Oniangué et Gonçalves sont tous en fin de contrat cet été.

Habituellement alignés par défaut lors de l’absence des titulaires, les jeunes joueurs auront enfin l’occasion de se montrer dans des conditions plus sereines qu’une course au maintien, et plus favorables qu’une fin de match tendue. En ôtant Diabé Bolumbu, dont la présence pour faire le nombre semblait plus relever de la récompense que de la promesse de temps de jeu, trois joueurs dans le groupe face à Dunkerque peuvent s’apprêter à fouler la pelouse plus souvent que ces derniers mois. Le latéral Lamine Sy, déjà aperçu à Nancy et prometteur pour sa première titularisation, le gardien Sullivan Péan, impressionnant en fin de saison dernière et convaincant contre Nîmes plus tôt cette année, et l’offensif Ilyes Najim, lancé contre Nancy et intéressant à Dijon. Rajoutons Andréas Hountondji, magnifique buteur contre Sochaux et souvent utilisé dans des circonstances compliquées, n’ayant dépassé qu’à cinq reprises les 45 minutes de jeu dont une seule fois depuis mi-septembre. Mais aussi Norman Bassette, découvert contre Pau et professionnel depuis février, lui qui marque dans tous les contextes qui s’offrent à lui (N2, championnat U19, Gambardella, sélection U18 belge) et incarne déjà l’avenir du SMC.

Rien de mieux pour faire plaisir aux supporters caennais, toujours heureux de voir les gamins de la maison briller en rouge et bleu. Mais aussi au président Pickeu, à la recherche des nouveaux Beka Beka et Nsona pour continuer à faire du SM Caen une pépinière de renom.

Moduler le 3-5-2

Dans l’interview très riche donnée à nos amis de WAM, Stéphane Moulin a révélé que le système en 3-5-2 adopté à l’automne lui avait été imposé par les qualités et défauts de l’effectif à sa disposition. L’entraîneur malherbiste a notamment insisté sur les profils des latéraux Abdi et Vandermersch, intéressants dans leur apport offensif mais pas assez sécurisants à son goût. Ajouter un troisième axial lui a alors permis de libérer ses pistons et d’assurer ses arrières. S’il aura fallu un peu de temps avant de rendre cette composition flamboyante offensivement, ce changement aura bien coïncidé avec le début de nouvelles certitudes défensives.

Maintenant que celles-ci sont bien présentes, le temps est peut-être venu de moduler ce schéma. Car si le 3-5-2 offre un équilibre précieux, il se sera révélé souvent insuffisant pour créer le danger face à des blocs bas, symbolisant même une certaine frilosité qui aura pu coûter des points face à des équipes compactes et peu inquiétantes à l’image de Nancy, Pau, Dijon ou Valenciennes ces dernières semaines. Et ce, alors qu’il reste à affronter Grenoble, Amiens, Guingamp, QRM et Rodez parmi les 7 dernières journées.

Tout le monde à Caen s’attend à ce que l’entraîneur aux plus de 400 matchs pros avec le SCO, qui confiait dans la même interview qu’il avait peu expérimenté de défense à trois axiaux, soit tenté l’an prochain de revenir à ses habitudes angevines. Adepte historique du 4-2-3-1 ou 4-1-4-1, la logique serait que sa direction se concentre sur des profils lui permettant de repartir dans un système avec lequel il sera à l’aise. Cette fin de saison pourrait donc être une bonne préparation pour habituer les joueurs présents l’an prochain à évoluer à la façon Moulin. Djibril Diani, capable de passer du milieu de terrain à l’axe de la défense, pourrait-il être amené à alterner entre les deux rôles dans un même match en fonction des phases de possession ? La polyvalence de certains pourrait en tout cas offrir l’occasion de repasser à une défense à 4, comme Brahim Traoré en mesure d’évoluer latéral à plat, ou Ali Abdi de monter en ailier de débordement. Et donc, pourquoi pas, de profiter de ce défenseur en moins pour ajouter un nouvel élément offensif et tenir le ballon dans les trente mètres adverses.

Reculer Steve Shamal en piston

L’ancien Boulonnais a connu cette saison la joie de retrouver les terrains après une grave blessure suivie d’une très longue convalescence. Malgré des débuts encourageants, notamment un but inscrit dès la première journée contre Rodez, l’ailier formé aux Girondins de Bordeaux a semblé parfois dépassé par le rythme et les exigences de la Ligue 2. Volontaire et rapide mais en manque de confiance criant à mesure qu’il se rapproche de la surface adverse, son profil aura pâti du passage en 3-5-2 tout autant que de l’explosion de Nuno Da Costa et de son association fructueuse avec Alexandre Mendy.

Une solution pourrait néanmoins lui permettre d’intégrer ses qualités au schéma préférentiel de 2022 : reculer d’un cran, en tant que piston ou même latéral. Alors qu’Abdi ne dispose pas de réelle doublure, qu’Armougom a disparu des radars, que Fouda finit la saison à Chambly, et que Moulin a déjà repositionné certains joueurs avec succès comme Diani en défense centrale ou Zady Sery et Court en relayeurs, pourquoi ne pas imaginer l’ancien international U16 plus bas sur son côté ? Il a d’ailleurs déjà remplacé Vandermersch dans des fins de match où il fallait courir après le score, comme contre Niort ou à Pau. Au terme d’un travail tactique pour lui inculquer les bases défensives, le Franco-Algérien habitué à répéter les efforts le long de la ligne de touche serait en tout cas une meilleure solution d’avenir que Gonçalves, de dix ans son aîné et libre cet été.

De quoi lui dessiner un avenir à la Bouna Sarr, Antonio Valencia ou Kingsley Coman ? À défaut d’attendre en vain la signature de Jimmy Cabot depuis des années, autant en créer un équivalent nous-mêmes.

Confier les penaltys à Johann Lepenant

Nul besoin d’être obnubilé par le but pour faire lever les foules : des années après N’Golo Kanté, Johann Lepenant est venu le rappeler aux supporters de Malherbe.

Même si le club se veut prudent pour le moment, il y a fort à parier que celui qui souhaitait connaître l’élite avec son club formateur découvrira bien une première division européenne dès cet été, mais loin de Venoix. Plus belle marge de progression de l’effectif, le Granvillais de 19 ans représente également une des plus belles valeurs marchandes, à un an de la fin de son contrat. Et dans cette ère de la data, soigner les statistiques peut rapporter gros. Alors que l’international U20 attend toujours son premier but en professionnel, lui confier les penaltys jusqu’à la fin de saison permettrait au joueur d’ouvrir son compteur, et au SMC de récupérer un ou deux millions de plus dans la transaction.

Toujours ça de pris, alors que la tâche de remplacer un profil aussi précieux que le sien avec un budget limité s’annonce ardue. Sans compter que du haut de ses 15 réalisations, Alex Mendy a récemment prouvé qu’il n’avait plus besoin des coups de pied de réparation pour tenir tête à Rhys Healey et Gaëtan Charbonnier. Chiche ?

Changer Adolphe Teikeu en supersub d’Alex Mendy

7 minutes à Sochaux, 18 à Dijon au sortir d’un match complet contre Bastia, et une absence du groupe pro depuis lors : les apparitions en rouge et bleu d’Adolphe Teikeu, visiblement débarqué en profonde méforme physique, auront été aussi fulgurantes que rares. Deviner la minute de sortie de l’ancien capitaine sochalien à chacune de ses titularisations a même fini par devenir un running gag pour beaucoup de supporters taquins.

Alors que son expérience et son leadership sont appréciés et que son contrat court encore pour un an, le défenseur central camerounais évolue à un poste aujourd’hui surchargé et qui fonctionne bien (Oniangué-Cissé-Diani partent comme titulaires, avec Traoré et Rivierez comme solutions), auquel il a peu de chances d’apporter réellement d’ici la mi-mai. En revanche de l’autre côté du terrain, Alexandre Mendy ne dispose pas de réelle alternative dans son profil d’attaquant de pivot. Situation problématique quand on sait que Nuno Da Costa et Benjamin Jeannot, les deux autres pointes axiales de l’effectif, sont plus à l’aise avec un point d’ancrage à leurs côtés.

Donc quitte à disputer un quart d’heure par-ci par-là, autant le faire en fin de rencontre. En plus, rien de mieux pour une réathlétisation. Puis peser sur les défenses adverses, assurer des remises de la tête, faire valoir son gabarit en conservation de balle : tout ceci est à la fois amplement dans les cordes du champion d’Afrique 2017, et bien moins traumatisant pour un corps fragile que de multiplier les sprints derrière des attaquants fougueux. Si l’idée semble saugrenue, Stéphane Moulin n’en serait pourtant pas à son coup d’essai. Début 2017, l’actuel entraîneur du SMC avait dû lancer en attaque Mateo Pavlović, le défenseur central croate, suite à une avalanche d’absences angevines. Après tout, 17 buts en carrière professionnelle dont 4 en Ligue 2, c’est toujours mieux que Caleb Zady Sery.

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