Jean-Marc Branger : « Si ça ne tenait qu’à moi, je ne serais jamais parti »

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Sa belle histoire avec le Stade Malherbe s’écrivait depuis plus de 15 ans. D’abord en tant que gardien de but, puis dans le rôle de préparateur physique. En fin de contrat cet été, Jean-Marc Branger ne poursuivra pas l’aventure en Normandie. Les dernières semaines ont été dures à vivre. Entretien. 

Jean-Marc, ton contrat ne sera pas prolongé la saison prochaine. Qui a pris la décision ?

Ce n’est pas un commun accord. Si ça ne tenait qu’à moi, je ne serais jamais parti. Malherbe, c’est ma vie. Je suis arrivé en 2005. Je ne pensais jamais y rester 16 ans. En arrivant ici, Jean-François Fortin m’avait confié la mission de m’occuper du club, des plus jeunes jusqu’aux pros. Je rends hommage au président. Même dans les moments difficiles, on s’en est toujours sorti grâce à la stabilité qu’il représentait. Il m’a fait confiance. Je ne l’oublierai jamais. De mon côté, je savais qu’un jour ça allait se finir. Mais on n’est pas prêt quand ça arrive. J’ai le sentiment d’avoir fait beaucoup de choses et je pensais pouvoir encore apporter mon expérience pour ce club que j’aime tant. La cicatrice ne va jamais se refermer, c’est certain.

Quand as-tu appris que l’aventure s’arrêtait pour toi ?

Cela s’est fait rapidement dans la saison. J’ai eu une discussion avec le président Olivier Pickeu. Il m’a dit qu’il souhaitait faire venir son frère, Benoît (ancien préparateur physique d’Angers, NDLR). Les choses ont été très claires. Il m’a dit que c’était comme ça. Je lui ai répondu que j’irai au terme de mon contrat. Et que je respecte son choix. C’est lui le boss, je suis un salarié. J’ai fait mon boulot jusqu’au bout. Et le plus important, ça a été qu’on se maintienne.

Il y a beaucoup de tristesse aujourd’hui ?

J’ai vécu des moments extraordinaires à Malherbe. Mais l’aventure se termine sur un triste sentiment. Le dernier match a été horrible pour moi. Au delà des sensations exceptionnelles quand Benjamin Jeannot marque son penalty, je savais que, quelques secondes après, l’aventure était finie pour moi. Je suis passé de l’euphorie à la solitude totale. La cicatrice ne se refermera jamais comme je l’ai dit. Heureusement que Nicolas Seube, Manu Lepresle et d’autres étaient là pour moi à la fin du match. Je me sentais vraiment seul.

Jean-Marc Branger, ici entouré de Jessy Pi et Prince Oniangue, toujours très proche de ses joueurs.

 

Le président Olivier Pickeu évoque donc l’arrivée de son frère. Vous n’auriez pas pu collaborer ensemble la saison prochaine ?

J’avais un peu l’espoir qu’éventuellement l’aventure puisse continuer. Collaborer avec le futur staff. J’ai déjà eu l’habitude d’adapter mon travail avec les différents entraîneurs que j’ai pu côtoyer. Je n’ai jamais eu peur de travailler avec d’autres préparateurs physiques. Les compétences s’assemblent et tu rends les joueurs plus forts. Aujourd’hui, on ne peut plus travailler seul. Ce n’est pas possible. J’ai eu la chance de bosser en duo avec des gens ultra compétents. Je pense à Baptiste Hamid par exemple, dans le staff de Pascal Dupraz. C’est quelqu’un qui a marqué ma vie, dans le travail mais aussi sur le plan humain.

Tu quittes le Stade Malherbe sans même pouvoir dire au revoir aux supporters…

Oui, ça a été un gros manque que le stade soit à huis-clos une large partie de la saison. Et que je n’ai pas pu saluer tout le monde en tribune à la fin. On aurait pu partager le maintien avec les supporters, même s’ils ont été ultra déçus de la saison qu’on a fait. Ce qui est normal. On a quand même frôlé la catastrophe. J’espère que Malherbe va repartir sur de nouvelles bases, remonter en Ligue 1. Même si je ne suis pas conservé, je ne peux souhaiter que le meilleur au club.

La dernière saison a été éprouvante pour tout le monde. Qu’est ce qui n’a pas fonctionné ?

C’est compliqué. Il y a eu beaucoup de changements dans la structure du club. Cela a perturbé pas mal de choses. Mais c’est de l’extra-sportif, je n’ai pas envie de m’attarder dessus. Je suis un homme de terrain. Ce qui est paradoxal, c’est qu’on a eu un groupe extraordinaire. Des mecs travailleurs. C’était incroyable, ils bossaient bien mais ils n’arrivaient pas à gagner des matchs. Il nous manquait un tout petit truc pour que ça bascule du bon côté.

Tu pars quand même de Malherbe avec de très bons souvenirs en tête…

L’un des meilleurs moments, c’est en 2005, quand Franck Dumas m’appelle pour me faire venir au Stade Malherbe. Un appel qui a bouleversé ma vie. Je ne m’attendais pas à ce que l’aventure dure si longtemps. J’ai signé comme joueur avec ensuite une reconversion mise en place par le président Fortin. Franck Dumas voulait absolument un préparateur physique. Un grand souvenir de cette époque, c’est la montée à Libourne en 2007. C’était la récompense de deux ans de travail. La saison d’avant, on n’est pas monté pour deux buts. Cela a été le début d’une aventure humaine extraordinaire avec Pat’ Garande, Franck Dumas, Jean-François Fortin, Fred Peteyrens, etc. Tiens, un autre souvenir forcément marquant, c’est le but de Ronny Rodelin au Parc des Princes qui nous sauve en Ligue 1. Il y en a aussi tant d’autres… On n’a jamais eu de saison tranquille à Malherbe, à part une ou deux. C’est ce qui fait l’ADN du club. Même quand on descendait, on remontait tout de suite. On l’a fait trois fois. Les montées restent de très bons moments.

Comment as-tu fait pendant 15 ans pour t’imposer dans les différents staffs et faire l’unanimité auprès de chaque entraîneur ?

Quand j’ai signé mon premier contrat, on a eu un deal avec Jean-François Fortin. Il fallait que je sois responsable de toute la préparation physique du club. De la pré-formation à la formation, jusqu’aux pros. En adéquation avec les entraîneurs en place. Je mettais en place un suivi, mais les éducateurs avaient ensuite une liberté d’action totale. Je voulais juste qu’on ait une philosophie de travail cohérente. C’est à dire que le jeune qui commençait en pré-formation, si un jour il avait la chance d’arriver en pro, il arrive avec une habitude de travail. J’ai eu carte blanche totale. Tous les entraîneurs qui sont passés étaient au courant de la méthode, et ils m’ont tous laissé la liberté de travailler. J’ai tenu 16 ans parce qu’on m’a fait confiance.

Quels étaient tes secrets pour faire aimer la prépa physique aux joueurs ? 

Avec Baptiste Hamid par exemple, on avait réussi auprès de certains joueurs qui n’étaient pas fans à leur faire aimer ça. Au début, c’était compliqué. Certains étaient retissants sur le programme qu’on mettait en place. Mais à la fin, tout le monde aimait ça. C’était fabuleux. C’était une vraie prépa adaptée aux joueurs en fait, personnalisée. Ils ont apprécié. On a aussi mis en place un travail de continuité, depuis la pré-formation. Les préparateurs physiques en dessous avaient la même méthode de travail que nous.

Et les joueurs te le rendent bien aujourd’hui ?

Je suis agréablement surpris du nombre de messages d’anciens joueurs que je reçois. Il y en a certains que j’avais perdu un peu de vue et qui m’ont contacté. Je suis très touché. Certains joueurs n’étaient pas des adeptes de la prépa physique, mais ils gardent un bon souvenir de notre collaboration. J’ai eu des messages de gars avec qui j’ai été très dur. Il y a eu des moments compliqués. Mais aujourd’hui, ils me disent : “tu as changé ma vie et ma façon de travailler”. Cela fait plaisir. On me dit que je ne dois pas arrêter le métier.

Justement, la suite va ressembler à quoi ?

J’ai envie de continuer. J’espère un jour pouvoir revenir en tant qu’adversaire à d’Ornano dans un stade plein et en Ligue 1. Ça m’embête d’avoir terminé sans public ici. J’ai un âge où je peux encore faire cinq ans dans ce métier. J’ai beaucoup d’expérience. En ce moment, c’est dur de trouver un club. Avec cette histoire de Covid, les places sont rares et les clubs pensent plutôt à dégraisser qu’à engager. Beaucoup de staff vont se retrouver sur le carreau. Je ne sais pas encore où je serai à la rentrée. J’ai quelques possibilités, mais encore rien de concret. J’attends certaines réponses. J’espère que ça va se concrétiser. Si je ne retrouve pas de travail, la cicatrice aura encore plus de mal à se refermer.

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