Patrice Garande : « J’ai un grand respect pour les supporters de Malherbe »

Patrice Garande

Ancien entraîneur principal du Stade Malherbe entre 2012 et 2018, Patrice Garande reviendra pour la deuxième fois en tant qu’adversaire au stade Michel d’Ornano. Avant les retrouvailles, il s’exprime sur ses débuts à Dijon, sa vision du Stade Malherbe, son rapport avec les supporters caennais et les accusations qui touchent Stéphane Moulin… 

Vous venez d’enchaîner une deuxième victoire consécutive face à Bastia et Dunkerque. Vos débuts à Dijon se passent plutôt bien…

On est sur le bon chemin. On a commencé par une défaite mais on a eu très peu de jours pour préparer l’équipe. On s’est servi de la trêve internationale pour mettre en place ce qu’on voulait mettre en place sur le plan physique et des principes de jeu. On a beaucoup insisté sur l’aspect psychologique car c’est un traumatisme quand un club descend. J’ai eu l’expérience à Toulouse mais aussi à Caen lorsque j’ai repris l’équipe. La victoire contre Bastia a amené beaucoup de confiance et a libéré les joueurs d’un poids. Derrière, on a enchaîné avec une autre victoire contre Dunkerque, même si dans le contenu on n’a pas été bons tout le match.

C’est la première fois que vous prenez les rênes d’une équipe en pleine saison. Cela change-t-il quelque chose dans votre approche des choses ?

C’est rare de voir un entraîneur reprendre une équipe aussi tôt dans la saison. Je suis arrivé au bout de 5 journées, c’était nouveau pour moi. Mais on n’a pas le temps de trop réfléchir, on doit vite mettre quelque chose en place en sachant que tout ne va pas fonctionner tout de suite. J’ai eu la chance d’avoir un président qui m’a laissé venir avec un staff : mon adjoint Jean-Marie Huriez et Jean-Marc Branger. C’était important pour moi de les avoir afin de mettre en place les choses que je souhaite sur le terrain.

Quel regard portez-vous sur le début de saison du Stade Malherbe et l’arrivée de Stéphane Moulin à la tête de l’équipe ?

L’arrivée de Stéphane Moulin est la meilleure chose qui pouvait arriver à Malherbe. Le club va de nouveau s’inscrire dans la continuité. Il n’y a qu’à regarder ce qu’il a fait à Angers. C’est un bâtisseur, il travaille très bien avec un très bon staff. Ses équipes sont toujours organisées et disciplinées. Sur le début de saison, il y a eu un très bon départ, malheureusement entaché par beaucoup de blessures ensuite. Mais on peut déjà voir la patte de Stéphane sur le jeu de l’équipe.

Vous êtes revenu une première fois à d’Ornano avec Toulouse la saison dernière, à huis-clos. Cette fois, ce sera avec du public. Comment appréhendez-vous ces retrouvailles ?

Il y aura un moment important sur le plan émotionnel, mais il ne faut pas que j’oublie non plus que je suis là pour jouer un match et le gagner. L’événement, c’est le match, pas mon retour. Mais ça ne va pas du tout être la même chose que lorsque je suis revenu avec Toulouse. Le foot, c’est un public et des tribunes pleines. Avec Toulouse, le côté émotionnel était surtout dans le fait de revoir certains visages connus. J’ai aimé ce club, j’y ai consacré beaucoup de temps et je suis très fier du travail qui a été accompli.

Cela ne s’était pas forcément bien terminé avec les supporters… On se souvient notamment de votre accrochage avec certains membres du Malherbe Normandy Kop à la sortie du stade. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je n’ai aucun problème avec ça. Le foot c’est de la passion et dans tout ce qui est passionnel, il peut y avoir des moments d’amour et de désamour. J’ai un grand respect pour les supporters de Malherbe et je n’ai pas d’esprit de revanche par rapport à ça. Je reviens avec beaucoup de plaisir. J’aime Malherbe, j’aime les supporters et surtout ce que représente ce club. D’Ornano est un stade qui a compté dans ma vie et qui comptera tout le temps, comme le Stade Malherbe. Tout le monde le sait, j’ai passé tellement d’années dans ce club… À certains moments, les choses se sont moins bien passées avec une partie des supporters. Mais vous savez, il y a des entraîneurs qui sont arrivés derrière avec de belles phrases et de belles promesses. L’année qui a suivi, c’est trois victoires sur les 28 premiers matchs.

Avez-vous l’impression que votre bilan a été jugé trop sévèrement à l’époque ?

J’ai souvent répété que ce qu’on avait fait à Malherbe avec mon staff était quelque chose de fort. Une montée en deux ans, cinq années de suite en Ligue 1… Cela faisait 25 ans que ce n’était pas arrivé et malheureusement il faudra encore attendre un moment pour que cela arrive de nouveau. Je suis très fier de ça. Les supporters ne sont pas fous non plus, ils ont vu comment cela s’est passé derrière. Après, je suis très lucide. Il y a eu des matchs qui n’étaient pas bons, je suis d’accord avec ça. Mais globalement, quand on fait le bilan, c’est positif. Mon objectif était de laisser ce club en Ligue 1.

Si vous aviez un regret lors de votre passage au Stade Malherbe, quel serait-il ? Un joueur que vous auriez aimé recruter ? La façon dont cela s’est terminé ? La possibilité d’aller chercher la coupe d’Europe en 2016 ?

(Il coupe) Je ne comprends même pas comment vous pouvez poser cette question. Une coupe d’Europe à Malherbe, il faut arrêter la plaisanterie… Les gens oublient que chaque fois que Malherbe se maintient en Ligue 1, c’est un exploit. Après, j’ai des regrets sur certains matchs. J’ai fait des erreurs, mais qui n’en fait pas… Le plus gros regret, il est pour Malherbe et les gens qui aiment ce club. La façon dont le président Fortin a été mis dehors, ça a tué le club. Ça va prendre du temps, mais je pense que la stabilité qui est de nouveau de mise fera que Malherbe retrouvera la Ligue 1 un jour ou l’autre. J’en suis persuadé. Sinon, je préfère retenir les moments positifs qui sont plus nombreux que les regrets.

Avez-vous gardé quelques contacts avec le Stade Malherbe ?

L’année dernière, j’ai beaucoup échangé avec Pierre-Antoine Capton. J’ai toujours été persuadé que Malherbe s’en sortirait contre Clermont car Malherbe a une capacité à surmonter les difficultés et n’a jamais perdu un match contre Clermont. Le SM Caen, j’ai l’impression que c’est le club de tout le monde. Tout le monde aime ce club. J’ai vu les messages de soutien des supporters, des gens du show-biz… Malherbe est un club qui compte dans le paysage du football français.

Patrice Garande

Vous avez suivi la polémique qui a touché Stéphane Moulin la semaine dernière… Lorsque vous étiez à Caen, vous avez également connu des attaques extérieures lors de l’affaire des matchs supposés truqués. Comment fait-on pour garder les joueurs concentrés sur le jeu ?

Il faut toujours tenir un discours de transparence et de franchise vis à vis des joueurs. Stéphane a dit ce qu’il avait à dire sur le sujet. Je pense qu’il a évoqué ça aussi avec les joueurs, parce qu’il a forcément des joueurs qui sont musulmans. Ensuite, il faut protéger les joueurs de ça. Quand j’étais à Malherbe, j’ai toujours protégé les joueurs. Je préférais que les supporters s’en prennent à moi plutôt qu’à eux. Ce sont les joueurs qui jouent, il faut les mettre dans une bulle et créer un climat de sérénité autour d’eux.

Tout est allé très vite et les accusations se sont répandues de manière inexorable sur les réseaux sociaux… 

Les réseaux sociaux sont le reflet de la société. Il y a beaucoup de belles choses mais aussi beaucoup de violence. Toutes les 10 secondes, il y a une information qui sort. Les coachs sont des êtres humains comme les autres, ils sont touchés par ce qui peut être dit ou écrit. Et c’est encore pire pour l’entourage… Dans ces moments-là, le staff est important. Stéphane a des gens de confiance pour l’entourer. C’était également mon cas à Caen. Aujourd’hui, ça part de tous les côtés et une fois que les choses sont sorties, on a beau démentir ça ne sert plus à grand-chose. L’important, c’est d’être bien dans sa tête et avec soi-même. Savoir qui on est, comment on fonctionne avec les gens. Ce qu’il s’est passé, ça ne doit pas être facile à vivre pour Stéphane…

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